50 ans d’indépendance en Afrique Un bilan politique chaotique

En 1960, 17 pays africains dont deux anglophones, le Nigéria et Somalie, naissaient comme des États souverains, sujets de droit international et acteurs de la politique internationale. Mais cette accession à la souveraineté nationale et internationale qui a suscité l’espoir de la libération définitive du joug étranger s’est révélé un cauchemar pour beaucoup de ces nouvelles entités étatiques. Le basculement dans les conflits armés et l’instabilité politique constituent des signes que l’Afrique n’est probablement pas libérée. En 2010, nombre de ces pays célèbrent leur cinquantième anniversaire dans la violence et le chaos politique. Perçues comme des conflits nouveaux, les guerres qui ravagent l’Afrique actuellement sont possiblement le résultat de la mauvaise gestion de la souveraineté, de la mal gouvernance des affaires publiques et des ressources de l’État. Cette situation est subtilement exploitée par les puissances étrangères à leur profit.

L’accélération du processus de la mondialisation  modifie en profondeur les  rapports de force et les registres de puissance.  L’ancienne lecture interétatique et  géopolitique du monde échoue à expliquer  les recompositions en cours car les transformations  de la guerre ou les nouveaux  conflits ne peuvent être comprises sans  intégrer la combinaison particulière des  facteurs économiques, sociaux, sociétaux  et politiques. États défaillants, chaos  social, combat sans issue du faible contre  le fort, des États contre des réseaux ou  groupes armés non étatiques, le monde  est devenu plus incertain, plus dangereux,  plus instable qu’il ne l’était.  En effet, la conception classique de la  guerre présente celle-ci comme le jeu  normal entre États souverains ne résiste  plus à l’avènement de nouvelles formes  de conflits dont les acteurs ne sont plus  nécessairement des entités souveraines,  mais plus des belligérants transétatiques,  des groupes armés non étatiques contre  les forces gouvernementales. Certes, les  conflits interétatiques n’ont pas disparu  mais ils ne constituent plus la forme dominante  de ce début du XXIe siècle. Les conflits  infra-étatiques sous forme de guerres  civiles, d’insurrections, ou de révolutions  violentes ont des allures internationales :  les conflits locaux à impact international  s’imbriquent de façon complexe dans les  relations internationales.  

La persistance des conflits armés  en Afrique  

L’Afrique n’échappe pas à ces nouveaux  conflits, mais elle présente la particularité  qu’au lendemain des indépendances des  États africains, la plupart ont connu les  affres des guerres civiles, ou des mouvements  de groupes armés qui ont conduit à  des coups d’État. Mais derrière ces conflits  relatifs à la conquête du pouvoir se dressent  des motivations tout à fait inavouables : la  captation des richesses et des ressources  du sous-sol (diamant, pétrole, uranium).  Dans ces guerres de prédation, où s’installent  et se reproduisent des économies  et sociétés de guerre, les États voisins peuvent  trouver quelque intérêt.  

Les nouveaux conflits internationaux,  internes aux États mais aux ramifications  régionales et internationales, frappent  d’abord les populations civiles.  L’instrumentalisation des différences  ethniques, religieuses, économiques et  sociales par les seigneurs de la guerre et  entrepreneurs de conflits brouille la perception  des causes et la distinction entre  civils et militaires. L’impact international  de ces conflits opposant rebelles  et gouvernements se mesure à l’aune de  l’implication des puissances étrangères  (enjeux des matières premières), de l’instabilité  et de l’insécurité internationales  mais aussi des désastres humanitaires  qui obligent la communauté internationale  à intervenir pour le sauvetage des  populations civiles et à s’impliquer dans  la résolution de ces guerres qui s’enlisent  de plus en plus.  En effet, les populations prises en  otage, sont soit enrôlées de force, soit  objet de privations alimentaires et de  soins de santé, de massacres, d’épurations  ethniques, voire de génocides ou de  mutilations. Les combats, outre les restes  d’armes de la guerre froide et celles issues  de trafics mondiaux rendent inopérant  tout embargo sur les armes.  

Si l’Afrique est grandement touchée par  les conflits et l’instabilité politique, force  est de reconnaître que la conflictualité  s’est cristallisée dans certains pays. En  2010, le spectre des conflits continue de  hanter, la Côte d’Ivoire, la République  centrafricaine, la République Démocratique  du Congo, le Togo, la Somalie et  le Tchad. La région la plus conflictuelle  demeure la corne de l’Afrique. Risques  d’attentats, piraterie, terrorisme, crises,  conflits et tensions affectent cette région  complexe située au carrefour des mondes  arabe, africain et asiatique.  Les conflits armés en Afrique résultent  ainsi à la fois de la résurgence des référents  identitaires ethniques, religieux  ou nationalistes, de la faillite de l’État de  droit et des souverainetés en déshérence,  des immixtions des puissances régionales  et internationales, et d’une montée en  puissance des organisations criminelles  internationales. Les guerres de rareté  autour des ressources (eau, pétrole, diamant,  etc.) se combinent avec les guerres  de frontières ou d’influence. On note une  accentuation de nouvelles formes de violence  avec l’extension de la piraterie maritime  le long des côtes somaliennes et dans  le Golfe de Guinée, ou le MEND (mouvement  pour l’émancipation du Delta du  Niger) au Nigéria. Le Tchad n’a pas cessé  d’être le théâtre d’affrontements entre les  forces gouvernementales et le regroupement  des forces rebelles de l’Union des  forces de résistance (UFR), sous la responsabilité  du neveu d’Idriss Deby, Timan  Erdmi et du général Mahamat Nouri, soutenu  par le Soudan.  Ces conflits en Afrique, en raison de leur  menace à la paix et la sécurité internationales,  des enjeux de matières premières  pour les puissances étrangères et des  drames humanitaires qui s’y perpètrent,  ne sauraient laisser la communauté internationale  indifférente.  15 des 40 opérations de maintien de paix  des Nations unies en cours actuellement  dans le monde, se déroulent en Afrique.  

Le rôle ambivalent de la communauté  internationale dans les conflits  en Afrique  

La persistance des conflits africains  illustre la relative impuissance de la communauté  internationale et de l’ONU à  mettre fin aux conflits internes qui menacent  la paix et la sécurité internationales et  portent atteinte aux droits de l’homme.  Les initiatives de paix n’empêchent pas  les rebelles et les forces gouvernementales  de commettre des carnages dans les pays  concernés. Selon Mabire, la continuation  de ces situations chaotiques puise son origine  dans les agissements des membres de  la communauté internationale. La multiplication  des initiatives de paix a en effet  eu pour résultat de brouiller les cartes et de  permettre aux forces en présence de tergiverser  et de camper sur leurs positions. La  communauté internationale a également  contribué à instrumentaliser les différents  processus de paix ou les acteurs. Ainsi,  on voit l’Égypte, la Libye, l’Érythrée, le  Sénégal, les États-Unis, la Chine, l’Union  européenne, l’Union africaine, l’Organisation  de la Conférence islamique (OCI),  l’Organisation des Nations-unes dépêcher  des médiateurs ou lancer des initiatives de  paix sur le continent.  Ces tentatives de règlement des crises  ont jusqu’à présent joué en faveur d’un  prolongement des conflits. A qui profitent  donc ces conflits ? Au Tchad, en RDC et  ailleurs en Afrique, les Occidentaux et la  Chine se livrent malheureusement à des  rivalités dans le secteur pétrolier.  Mais la persistance des conflits interpelle  également et de façon spécifique  l’Union Africaine (UA).  

Les initiatives de l’UA en matière de  prévention et de gestion des conflits  en Afrique  

En plus de sa participation aux opérations  de paix de l’ONU sur le continent  africain, l’UA se mobilise de plus en plus  pour gérer les guerres africaines.  Face à l’ampleur des conflits qui déstabilisent  et freinent le développement  de l’Afrique dans son ensemble, l’organisation  panafricaine a décidé, en plus  de toutes ses initiatives antérieures, de  prendre en 2009 des mesures plus énergiques.  Ainsi, les dirigeants africains ont  adopté le 2 septembre 2009, lors d’une  session spéciale de l’Union Africaine  (UA) qui s’est tenue à Tripoli en Libye, à  la veille du 40e anniversaire de la révolution  libyenne, un plan d’action de gestion  des crises en Afrique (plan d’action  n°16519). Ce plan d’action qui comporte  17 points, consacre la volonté des dirigeants  africains de s’impliquer plus résolument  dans le règlement des conflits. Il  est une invite à tous les chefs d’État et de  gouvernement à redoubler d’efforts pour  réduire les zones de conflictualité sur le  continent.

L’Afrique a également commencé  à s’impliquer dans la gestion des  conflits, à travers son Conseil de paix et  de sécurité (CPS).  De même, l’UA a commencé en 2009  une réflexion sur la mise en place d’une  convention africaine de protection des  personnes déplacées à l’intérieur du territoire  de l’Etat dont elles sont ressortissantes  du fait de la guerre (l’Afrique abrite  1/3 des déplacés internes du monde).  C’est la première initiative du genre dans  le monde pour combler le vide juridique  dont sont victimes des déplacés alors que  les réfugiés sont protégés par la convention  de Genève relative au statut des réfugiés  en date du 28 juillet 1951.  Il est donc à souhaiter que ces élans ne  soient plus ralentis par des considérations  politiques et politiciennes.  Les origines de ces conflits sont à  rechercher dans la mauvaise gestion du  pouvoir et des ressources de l’État au  lendemain des indépendances des États  africains.  Ces pays sortiront de la pauvreté et  de la stagnation économique lorsqu’ils  réussiront à se libérer des forces internes  et externes qui les contraignent au cercle  infernal de l’assistanat et la misère.  

Coffi Dieudonné Assouvi

Provenance
Université Laval, Québec

Coffi Dieudonné Assouvi

Fonction/Poste/Étude
Candidat au doctorat en études internationales