Campagne présidentielle aux États-Unis : Républicains et démocrates se préoccupent d'abord de l'économie

Les enjeux internationaux abondent dans la campagne présidentielle américaine de 2012. Néanmoins, ils occupent une place secondaire, derrière l'économie, la création d'emplois et la sécurité nationale. Malgré certaines similitudes idéologiques, les positions des deux candidats divergent passablement sur la conduite de la politique étrangère. La lutte contre le terrorisme, la guerre en Af-ghanistan et les relations avec le Moyen-Orient devraient occuper le haut du pavé d'ici au 6 novembre prochain. Portrait des enjeux inter-nationaux qui divisent démocrates et républicains dans la course au poste le plus prestigieux de l'administration des États-Unis.

Il est généralement admis que les questions internationales sont moins populaires auprès de l'électorat américain. À peine 5% des électeurs fondent leur décision sur la politique étrangère des candidats, souligne le professeur Daniel W. Drezner dans le New York Times. La campagne de George W. Bush en 2004 fait toutefois exception. Celle-ci était axée sur la guerre en Irak et la lutte globale contre le terrorisme. Or, l'économie américaine se portait bien à l'époque. C'est tout le contraire en 2012 avec le spectre d'une crise fiscale et budgétaire.

Ce contexte défavorable pousse les aspirants à adopter un ton plus nationaliste sur le plan économique. Le taux de chômage s'élevait à 8,1 % en août 2012, selon les statistiques du Département du travail aux Etats-Unis. De plus, environ 46 millions d'Américains reçoivent présentement des fonds du gouvernement pour s'alimenter, signale Jonathan Paquin, professeur au Département de science politique de l'Université Laval. Cela n'enlève toutefois rien à l'importance de la gestion des relations internationales qui incombe au locataire de la Maison-Blanche. Les États-Unis jouent un rôle prépondérant dans un système mondial multipolaire. Le gagnant des élections de novembre prochain aura à administrer des dossiers délicats.

Avec les violences récentes au Moyen-Orient, découlant en partie de la parution du film amateur l'innocence des musulmans, la sécurité nationale et la protection des ambassades américaines occupent désormais une place centrale dans la campagne présidentielle. Le terrorisme, la guerre en Afghanistan et les relations avec le Moyen-Orient représentent des défis auxquels les deux candidats à la présidence ne manqueront pas de s'attarder.

La lutte globale contre le terrorisme

Depuis le 11 septembre 2001, la lutte antiterroriste est destinée à demeurer un enjeu central. Peu importe qui entrera en fonction en janvier 2013, le nouveau président devra maintenir les politiques actuelles du Département de sécurité intérieure et du Pentagone, rappelle M. Paquin. C'est donc sous le signe de la continuité que les deux candidats abordent la lutte contre le terrorisme. Même si Barack Obama peut se féliciter d'avoir capturé et éliminé Ben Laden, gare au triomphalisme. Les grands enjeux internationaux ne devraient pas influencer de façon significative les résultats du 6 novembre prochain. Cela se jouera davantage dans certains swing states qui peuvent faire chavirer les résultats en raison du partage serré entre appuis aux démocrates et aux républicains. Ces Etats-clés sont la Caroline du Nord, le Colorado, la Floride, l'Iowa, le Nevada, le New Hampshire, l'Ohio, la Pennsylvanie, la Virginie et le Wisconsin.

Le rôle des États-Unis en Afghanistan

L'Afghanistan cause bien des maux de tête aux pays membres de l'OTAN, qui avaient misé sur la formation des policiers et militaires afghans d'ici le retrait des troupes prévu pour 2014. Dernièrement, les morts dans les forces armées américaines résultant de tirs « amis » des unités afghanes dont ils assurent la formation ont remis en question la stratégie préconisée par les Etats-Unis en sol afghan. Ces incidents témoignent également de la fragilité du pacte conclu entre les Etats-Unis et leurs alliés dans les forces armées afghanes.

Par ailleurs, ce revirement de situation a poussé Mitt Romney à se démarquer de son adversaire démocrate en proposant d'accelérer le retrait des troupes. Il est toutefois probable que le candidat républicain renoncerait à ce vœu une fois arrivé au pouvoir lorsqu'il constaterait la difficulté de bousculer l'agenda des troupes, fait valoir M. Paquin. Cela dit, les désaccords entre les deux candidats sur le dossier afghan sont très mineurs; ils résident essentiellement dans l'échéancier du retrait des forces armées.

Les relations avec le Moyen-Orient

Les camps démocrate et républicain s'opposent également sur l'enjeu délicat de la menace nucléaire iranienne. Jonathan Paquin estime que le candidat républicain simplifie la question en s'enfermant dans une logique punitive en réponse à l'intransigeance de Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien. Il est vrai que l'Iran fait fi de six résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies portant sur la nécessité de suspendre son programme nucléaire, et fait également la sourde oreille face aux demandes de visite de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Selon M. Romney, le dialogue doit être remplacé par une politique étrangère plus musclée face au regime Iranien.

Jonathan Paquin questionne la crédibilité de l'ancien gouverneur du Massachussetts, qui affiche moins de finesse que son rival démocrate avec ses déclarations parfois mal avisées dans le dossier Iranien. De son côté, Barack Obama demeure fidèle aux principes du multilatéralisme et de la doctrine du soft power. Il déclare cependant que toutes les options sont sur la table, y compris le recours à la force armée. « Il maîtrise bien ce dossier important, en plus d'avoir accès à l'information secrète grâce à ses pouvoirs présidentiels », poursuit M. Paquin. L'expérience du président sortant l'incite à la patience face à la menace nucléaire posée par le programme d'enrichissement d'uranium iranien. Quoi qu'il en soit, l'équipe Obama se refuse à déclencher des frappes aériennes ou au sol face à l'Iran dans un avenir rapproché, tandis que le clan Romney adopte une posture plus agressive dans ce dossier.

L'autre divergence notoire concerne le conflit israélo-palestinien. Mitt Romney affiche un appui indéfectible au régime israélien. Il a récemment soutenu que « les Palestiniens ne sont pas intéressés par la paix ». Cela témoigne d'une méconnaissance profonde ou d'un aveuglement volontaire quant à l'histoire de la Palestine. Les deux candidats semblent vouloir préserver les intérêts stratégiques des États-Unis dans cette région instable. Cela dit, l'administration Obama semble disposée à assumer un rôle de médiateur dans le fragile processus de paix au Moyen-Orient. Barack Obama favorise la solution à deux États et le respect des frontières de 1967. Il est d'ailleurs l'un des seuls présidents américains à soutenir cette proposition.

La secrétaire d'État Hillary Clinton joue un rôle-clé dans la position plus nuancée du gouvernement actuel face au conflit israélo-palestinien. Elle prône un dialogue ouvert avec tous les acteurs et demeure fidèle au respect du droit international et à la « diplomatie persuasive » mis de l'avant par les démocrates depuis 2008. Bref, la doctrine de l'administration Obama est fondée sur la réduction au minimum des opérations militaires, ce qui contraste vivement avec le style républicain.

Des enjeux internationaux incontournables

Les questions de politique intérieure auront probablement un impact plus significatif sur les résultats de la présidentielle américaine. Cela ne minimise toutefois en rien l'importance de la gestion de plusieurs dossiers internationaux pour le prochain président. Bien que les propositions démocrates et républicaines se rejoignent sur plusieurs points, une victoire de Mitt Romney pourrait sonner le glas de la diplomatie multilatérale de l'ère Obama. Les républicains chercheraient à réaffirmer le rôle d'hégémon des États-Unis dans le monde, croit Donald Cuccioletta, membre de la Chaire Raoul Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'Université du Québec à Montréal. Les ténors démocrates avertissent les électeurs que le duo Romney-Ryan replongerait le pays dans un contexte similaire à celui du premier mandat de George W. Bush. Or, la voie privilégiée par Barack Obama et son équipe, soit une reconnaissance tacite des limites de la puissance des États-Unis sur le plan international, leur vaut aussi des reproches d'un manque de fermeté de la part des républicains. Les Etats-Unis sont « à la croisée des chemins » , fait valoir M. Cuccioletta. À son avis, soit le pays progresse et devient « citoyen du monde », soit il régresse en tentant de dominer le monde comme dans les années 1950. Selon un sondage mené par Public Policy Polling le 23 sep-tembre dernier, la doctrine de Barack Obama semble s'imposer chez les électeurs américains avec un taux d'approbation de 50% contre 45% pour Mitt Romney.

Le clan de Barack Obama mise sur le bilan de son premier mandat, mais aussi sur l'inexpérience de son rival républicain. II se pose ainsi en champion d'une politique étrangère plus réfléchie et moins belliqueuse que celle des néoconservateurs. Considérant que les possibilités de reprise économique à court terme se font minces, le défi des deux prétendants sera donc de tirer profit de leur vision de la politique étrangère tout en concentrant leurs efforts sur la situation économique intérieure qui préoccupe davantage l'électorat américain.

Sophie Dubé

Provenance
Université Laval

Fonction/Poste/Étude
candidate à la maîtrise en études internationales

Marc Lebel-Racine

Provenance
Université Laval

Fonction/Poste/Étude
candidat à la maîtrise en études internationales