Conférence de Varsovie sur le changement climatique Le vent du désespoir climatique

Conférence de Varsovie sur le changement climatique
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La Pologne a accueilli, du 11 au 22 novembre 2013, les représentants des 195 pays signataires de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Les négociateurs ont tenté de poser les germes d’un engagement global sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais le bras de fer engagé entre les pays en développent et les pays développés a empêché les participants d’arriver à un compromis au niveau des attentes. Un vent de désespoir a soufflé après la clôture, le 23 novembre dernier, de la dix-neuvième conférence sur le changement climatique à Varsovie (COP 19).

Esquisse d’une feuille de route pour 2015

S’étant plongés, en novembre 2013, dans les méandres des négociations de la Conférence de Varsovie sur les changements climatiques, les 195 pays réunis sous l’égide des Nations Unies ont tenté d’esquisser les prémisses d’un futur traité international de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), devant être conclu à Paris en 2015.

Mais la feuille de route adoptée par les négociateurs n’a pas été rigoureuse sur le rôle de chacun pour lutter contre le changement climatique. Au lieu d’exiger des Etats de lutter contre ce phénomène d’ici 2015, la feuille de route n’a prévu, pour les pays « qui le peuvent », que des « contributions » à cette lutte avant la Conférence de Paris en 2015. En toile de fond du terme « contribution », il y a une grande marge d’appréciation dont bénéficient les Etats quant à leurs efforts de réduction des émissions de GES. Contrairement à l’Union européenne qui a aspiré à introduire le mot « engagement » au lieu de « contribution », les Etats-Unis et les pays émergeants, notamment la Chine et l’Inde, se sont opposés à l’usage d’une telle formule, car revêtant une connotation plus contraignante. Par ailleurs, ces deux pays émergeants ont insisté pour continuer à être considérés comme des « pays en développement», afin de ne pas être traités comme des pays industrialisés. Selon le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, le texte adopté à Varsovie a ambitionné de poser « la pierre fondatrice » de la conférence de Paris de 2015 pour limiter le réchauffement à 2°C.À l’issue de la Conférence, les participants ont tenté d’élaborer une feuille de route pour 2015 dont l’esprit non contraignant n’a pas empêché l’annonce par les pays de propositions de réduction volontaire des émissions de GES.

 L’essence du Fonds vert pour le climat et du mécanisme « pertes et dommages »

En 2009, les pays industrialisés se sont engagés à Copenhague, pour mobiliser, à partir de 2020, d’assurer la mise en oeuvre efficace de la politique
climatique des pays en développement. Par ailleurs, un Fonds vert pour le climat a été créé en 2010 lors de la 16ème Conférence des parties à Cancún au Mexique. Il répond à une demande exprimée par les pays en développement pour établir un fonds permettant de financer la transition de ces pays vers un modèle subtil de développement en carbone.  La Conférence de Varsovie a tenté de préciser les contours d’un programme de travail sur le financement à long terme, pour mobiliser les 100 milliards de dollars par an pour le climat en 2020, grâce à un financement public et privé. Selon l’Organisation non-gouvernementale, Climate Analytics, les pays développés ont versé, en juin 2013, 39 milliards de dollars, dont 35,9 milliards de dollars proviennent de sources publiques et 3 de sources privées. Cependant, la même Organisation constate qu’il existe un manque de transparence des transferts ainsi qu’un déséquilibre entre les financements destinés à réduire les émissions de GES, bien que la communauté internationale ait promis de répartir équitablement les fonds. 

Au demeurant, l’idée de réparation des pertes et dommages est apparue pour la première fois en 2007, dans le cadre du Plan d’action de Bali, qui a porté sur la création d’un programme d’action relatif à cette question. Ce mécanisme permettra de compenser les pertes et dommages qui peuvent poindre en raison du changement climatique. Pouvant s’élever à des dizaines de milliards de dollars chaque année, il nourrit également l’ambition de coordonner les mécanismes d’intervention dans des situations climatiques tragiques. Mais, ni les Etats-Unis ni la Grande-Bretagne n’ont souhaité s’engager sur cette voie.

Quand l’ombre de l’égoïsme étatique sème la fragilité du compromis

Il ressort du texte adopté à Varsovie que les Etats doivent commencer à élaborer des « contributions »sur ce qu’ils entendent faire pour lutter contre le réchauffement climatique. Elles seront, en outre, incorporées dans le texte qui sera adopté à Paris en 2015. Un texte sur l’aide financière aux pays du Sud a également été décidé, sans pour autant tenir compte des aspirations de ces derniers, qui ont exigé plus de transparence au regard de la mobilisation de 100 milliards de dollars d’ici 2020, afin de les aider davantage à faire face aux conséquences du changement climatique. 

Cependant, les Etats Parties ont peiné à trouver une nouvelle version du compromis de Durban de 2011 qui a prévu l’adoption par les Etats de mesures permettant de réduire leur émissions de GES, à l’horizon 2020. A cet égard, les pays en développement ont soutenu que l’effort des pays industrialisés ne s’élève pas à 20% de réduction des émissions d’ici 2020.Quant aux pays sous-développés, ils accusent les pays riches de leur faire porter tout le poids de la lutte contre le changement climatique ne s’élève pas à 20% de réduction des émissions d’ici 2020. Quant aux pays sous-développés, ils accusent les pays riches de leur faire porter tout le poids de la lutte contre le changement climatique. De ce point de vue, le compromis de Varsovie « presse » tant les pays développés que les pays en développement en fonction de leurs moyens, à agir et aller de l’avant pour contribuer à cette lutte. Toutefois, les participants ne se sont  pas accordés sur la mise sur pied de nouveaux écanismes de marché pour la réduction des émissions de GES. Les pays en développement s’y sont opposés, sauf si les pays industrialisés acceptent de s’engager sur la voie de la réduction effective des émissions. Mais, les grandes puissances se son désengagées auparavant des objectifs contraignants de réduction des émissions : les Etats-Unis n’ont jamais ratifié le Protocole de Kyoto, alors que le Canada s’en est retiré pour ne pas payer des sommes exorbitantes comme amendes pour sanctionner le non-respect des objectifs. Ainsi, au bout d’intenses pourparlers, les conclusions auxquelles ont abouti les participants à Varsovie sont restées lettres mortes. Mais, les discussions devront reprendre durant la première moitié de l’année 2014.

Il est indéniable que le réchauffement climatique a des conséquences tragiques sur nos sociétés ; le typhon Haiyan qui a meurtri les Philippines en ovembre 2013, en témoigne. Pourtant, une certaine amertume a marqué les résultats de la COP 19. L’ombre des égoïsmes étatiques n’a cessé de se faufiler dans les couloirs de la Conférence de Varsovie et empêché d’arriver à des résultats probants. Les organisations non-gouvernementales ont décidé de quitter la conférence en guise de protestation. Cette ombre pourrait-elle encore se profiler à Paris qui accueillera, en 2015, la COP 21 ? Seul l’avenir nous le révélera. Mais l’espoir demeure permis… 

Raïhan Cherrouk

Provenance
Université Laval

Raïhan  Cherrouk

Fonction/Poste/Étude
Candidate au doctorat en droit international