Éditorial Avril 2012 Quel état de la planète?

La terre était à l’honneur le 22 avril dernier à l’occasion du jour de la terre alors que 300 000 personnes ont marché dans les rues de montréal pour faire part de leur préoccupation quant à l’état de la planète. Cette mobilisation massive, voire sans précédent, du peuple québécois traduit l’inquiétude des uns, et le rejet pur et simple des autres, de la gestion du dossier environnemental par ottawa et québec.

Dans le contexte où les preuves de la dégradation du climat ne sont plus à faire, les dossiers environnementaux qui suscitent des interrogations se multiplient : le retrait du Canada du Protocole de Kyoto, l’exploitation des sables bitumineux et des gaz de schiste, le rétrécissement de la calotte glacière, les coupes à blanc dans la forêt boréale, la disparition des écosystèmes fragiles, etc. Plus récemment, c’est le Plan Nord, lancé par le gouvernement libéral de Jean Charest, qui a fait couler beaucoup d’encre.

Le retrait de Kyoto

Le 12 décembre dernier, le ministre canadien de l’environnement Peter Kent a suscité l’indignation de la communauté internationale en annonçant le retrait du Canada du protocole de Kyoto; faisant ainsi du Canada le premier État à se retirer officiellement du protocole sur les 168 États l’ayant ratifié. Plus de 89 % des Québécois s’opposent à ce retrait, tandis qu’ils ne sont que 69 % à s’y opposer au Canada selon un récent sondage Léger Marketing.

Seulement, cette décision controversée survient vingt ans après le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro où les dirigeants de la planète ont convenu de coopérer sur le dossier climatique. C’est à l’occasion de cette Conférence chapeautée par l’ONU qu’ont été formulés des objectifs ambitieux visant à répondre aux défis environnementaux de l’heure, et notamment en matière de réduction globale des émissions de gaz à effet de serre.

Le Plan Nord

À son tour, le plan de développement des régions du Nord du Québec proposé par le premier ministre Jean Charest ne fait pas l’unanimité. Ses nombreux détracteurs allèguent que le Plan Nord vient renverser dans ses fondements mêmes le modèle de développement des régions nordiques, qui reposait jusqu’alors sur l’idée que les exploitants privés devaient prendre en charge l’ensemble des coûts liés à l’exploitation et au transport associés à leurs activités.

Avec le Plan Nord, le gouvernement québécois s’engage à prendre en main la construction de nouvelles infrastructures, dont le rallongement sur 250 km de la route 167 au nord de Chibougamau vers la mine de diamant Stornoway Diamond Corporation, la construction d’un port en eau profonde, en plus de garantir l’approvisionnement en électricité à long terme aux entreprises intéressées par nos ressources naturelles. Le gouvernement entend ainsi investir plus de 80 milliards de dollars sur 25 ans. La révision du système de redevance annoncée par le Ministre Bachand, qui a été majoré de 12 % à 16 %, n’est cependant pas assurée d’éponger les coûts astronomiques du Plan Nord.

Plus encore, c’est l’empreinte environnementale des activités humaines sur les écosystèmes du Nord québécois qui reste à évaluer avec précision. Chose certaine, les investissements de 47 milliards de dollars qu’entend réaliser Hydro-Québec, et l’établissement des minières, dont la Chinoise Jilin Jien Nickel qui vient d’annoncer des investissements de 800 millions de dollars au Nunavik, marqueront profondément et durablement le territoire

Philippe C. Martine

Provenance
Université Laval

Philippe C. Martine

Fonction/Poste/Étude
Candidat au doctorat en études internationales / Chaire de recherche du Canada sur les conflits identitaires et terrorisme