Éditorial Décembre 2011

Alors que la crise financière américaine et la crise de solvabilité des États de la zone euro plongent l’Occident dans un climat délétère, la Russie et la Chine y voient l’occasion de faire avancer leur propre agenda stratégique.

20 ans après l’effondrement de l’Union soviétique, survenu à la fin du mois de décembre 1991, les Russes ont renouvelé leur confiance à la formation Russie Unie dirigée par Vladimir Poutine lors du scrutin du 4 décembre dernier. Cette annonce ne survient que quelques jours après que le Président russe Dimitri Medvedev ait menacé de se retirer du traité START et de déployer des missiles nucléaires Iskander aux portes de l’Europe si aucun accord n’était trouvé sur la question du bouclier antimissile américain. Cette déclaration à l’emporte-pièce qui semble tout droit sortie du feuilleton de la guerre froide coïncide avec de récentes révélations quant au développement rapide des capacités militaires de la Chine. 

En effet, au mois d’août dernier survenait la première sortie en mer du seul porte-avion chinois, le Shi Lang, nommé en l’honneur du commandant de la flotte mandchoue qui a conquis Taiwan en 1681. Le bâtiment, acheté à l’Ukraine en juin 2000, devrait être pleinement opérationnel d’ici cinq ans. Plus récemment, les Chinois ont annoncé avoir procédé au vol inaugural de leur nouvel avion furtif au moment même où Robert Gates, secrétaire américain à la défense, était en visite officielle en Chine. À cela s’ajoute enfin la progression spectaculaire des programmes spatiaux et balistiques de la Chine, avec notamment le lancement en novembre dernier de la mission spatiale Shenzhou 8 et la mise en service du missile Dong Feng 21D, missile sol-mer à longue portée capable de viser des cibles mouvantes en mer. Ces récents développements démontrent la progression fulgurante de la Chine sur le plan militaire et sa volonté de s’affirmer comme la principale puissance régionale. 

La Chine et la Russie, qui sont déjà liées l’une à l’autre par l’organisation de coopération de Shanghaï, partagent en outre des positions communes sur un ensemble de dossiers sensibles. L’exemple le plus probant est surement l’opposition des deux États à soutenir au Conseil de sécurité de l’ONU la mise en place de nouvelles sanctions à l’endroit de l’Iran ou de la Syrie. Ils s’entendent en outre pour ne pas s’ingérer dans les litiges relevant de leurs sphères d’influence respectives, pensons par exemple aux récents conflits opposant la Russie à la Géorgie ou encore aux tensions qui subsistent entre Pékin et Taiwan. Cette entente cordiale qui s’articule autant dans les sphères militaires, technologiques qu’économiques, leur sert de levier pour rivaliser avec les États-Unis et avec les nouvelles puissances émergentes. 

En retour, la progression tout aussi spectaculaire de l’Inde et du Brésil et leur adhésion sans équivoque au système démocratique en font les alliés naturels des puissances occidentales. Devant l’éventualité d’une crispation entre l’Occident et la Russie et la Chine, sur des dossiers aussi divers que l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN ou l’invasion de Taiwan par la Chine, l’Inde et le Brésil pourraient-ils être à leur tour appelés à devenir un jour « l’arsenal de la démocratie » ? 

Philippe C. Martine, Rédacteur en chef 

Philippe C. Martine

Provenance
Université Laval

Philippe C. Martine

Fonction/Poste/Étude
Candidat au doctorat en études internationales / Chaire de recherche du Canada sur les conflits identitaires et terrorisme