Éditorial Décembre 2014

Éditorial Décembre 2014
Chères lectrices, chers lecteurs, L’équipe de Regard Critique, le journal des Hautes Études Internationales, est fière de vous présenter son dernier numéro de l’année 2014, dont le thème central porte sur l’industrie agroalimentaire.

Pour la majorité d’entre nous, surtout parmi les habitants des grandes villes, le seul contact que l’on ait avec les animaux est celui qui a lieu lors de nos repas. Le produit final est emballé bien proprement sous plastique et rien du processus de production qui a lieu, de la ferme à notre assiette, ne transparait. Pourtant, nous ne connaissons pas grand- chose des conditions d’élevage des animaux que nous mangeons. Pour nous, la ferme évoque des images de maisons, de granges, de poules parcourant la cour...

Mais qu’en est-il vraiment de la réalité ? Les fermes sont-elles aussi idylliques que cette image traditionnelle que l’on se fait d’elles ? Les méthodes d’élevage moderne sont-elles saines et éthiques ?

Aujourd’hui, l’élevage n’est plus entre les mains de simples paysans. L’industrie agroalimentaire a dû faire face à une demande grandissante de viande à moindre coût. Au cours des dernières décennies, de grandes firmes ont transformé l’agriculture en agrobusiness, et l’élevage est passé sous le contrôle des grandes entreprises. Ainsi pour minimiser les coûts de production, ces dernières ont opté pour l’élevage intensif.

Prenons l’exemple du poulet. Il est le premier animal à se voir soustraire aux conditions de la ferme naturelle. Aux États-Unis, 102 millions de poulets sont abattus chaque semaine après avoir été élevés dans des installations industrielles hautement automatisées. Alors qu’ils ne sont encore que des poussins, les éleveurs procèdent à leur débecquage.

Cette pratique consiste à insérer le bec de l’animal dans un appareil conçu de façon semblable à une guillotine, et doté de lames chauffées.

Le tout se fait rapidement, au rythme de quinze poussins à la minute et sans anesthésie.
Les conditions de vie de ces bêtes sont des plus exécrables. Au cours des sept semaines qu’ils passent dans des hangars surpeuplés et sans aération, ils sont entassés les uns sur les autres, et aucune mesure n’est prise pour enlever leurs excréments. Malgré la ventilation mécanique, l’air qu’ils respirent se charge de poussière, d’ammoniac et de micro-organismes. Par conséquence, l’atmosphère dans laquelle les poulets doivent vivre devient nocive tant pour leur santé que pour la nôtre, puisque nous nous en nourrissons. En 2010 par exemple, selon une étude européenne, sur 10 132 poulets examinés, les trois quarts étaient porteurs de bactéries campylobacters. Cela est inquiétant dans la mesure où ces bactéries sont à l’origine notamment d’infections intestinales. Elles sont même considérées comme la cause majeure bactérienne de gastro-entérites dans le monde.

Les animaux quant à eux souffrent de maladies pulmonaires, d’ulcérations aux pattes ou encore d’ampoules sur la poitrine.
Ils sont finalement tués à l’âge de sept semaines (l’espérance de vie d’un poulet est généralement de sept ans). À la fin de leur courte vie, ils sont conduits à une usine de «traitement», où ils sont tués, nettoyés, et proprement emballés afin que lorsqu’on s’attable devant un morceau de volaille, on ne se demande pas d’où il provient.

Il faut certes se nourrir. Mais à quel prix ? Si l’élevage a longtemps bénéficié à l’homme, la façon dont il est pratiqué aujourd’hui lui nuit énormément. L’homme est profondément affecté par les conséquences désastreuses des pratiques contemporaines, mais d’autres espèces animales le sont également, ainsi qu’à une plus grande échelle, la planète elle-même.

En tant que consommateurs, ne devrions-nous pas faire des choix plus avertis ?

Imen Lajmi

Provenance
Université Laval

Imen Lajmi

Fonction/Poste/Étude
Rédactrice en chef 2014