La politique étrangère sous Sarkozy, premier bilan à un an de la Présidentielle

La politique étrangère sous Sarkozy, premier bilan à un an de la Présidentielle
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Au moment où la France est sur le devant de la scène mondiale dans sa volonté de sanctionner Kadhafi, tentant d’effacer au passage les traces de ses échecs en Tunisie et en Égypte, il convient de revenir sur la politique étrangère française depuis 2007, en d’autres termes, sur la diplomatie de Sarkozy.

Il peut sembler à première vue surprenant de présidentialiser à ce point la diplomatie d’un pays, mais de par la constitution de la Ve République - qui confère au Président de grandes prérogatives en matière de politique étrangère - et de par l’exercice qu’en a fait Nicolas Sarkozy, ce choix semble justifié. Trois ministres des affaires étrangères se sont succédé pour l’instant : Bernard Kouchner, personnalité de gauche surnommée le « french doctor » (pour ses anciennes actions dans l’humanitaire) qui n’est jamais parvenu à s’imposer ; Michèle Alliot-Marie, qui ne sera restée que trois mois au poste en raison d’un scandale médiatique et moral (ses vacances de Noël 2010 en Tunisie ont été financées par un proche de Ben Ali et des membres de sa famille continuaient à faire des affaires dans la région malgré le début de la révolution) ; et enfin, Alain Juppé, un homme politique de grande valeur censé être « un poids lourd » alors que le Président agit seul, laissant les médias l’avertir de ses décisions (l’annonce de la France de reconnaître les opposants libyens comme seuls interlocuteurs par exemple). Par conséquent, nous analyserons plutôt l’action du Président / Ministre du Quai d’Orsay. 

Pour apprécier au mieux le rôle de la France dans les relations internationales depuis 2007, il peut paraître judicieux de réfléchir par thématiques ou champs d’action plutôt que de se référer à la seule analyse chronologique, qui ne saurait rendre entièrement compte des conséquences des politiques à moyen et long terme. Qui plus est, le Président Sarkozy ne semble malheureusement pas avoir une vision de la diplomatie et privilégier l’instantané, et ce, au risque de brouiller son message. 

Le Président « droits de l’homme » 

Dans son premier discours aux ambassadeurs du 27 août 2007, le Président entend favoriser une diplomatie forte et visible, critiquant indirectement celle de Jacques Chirac, son prédécesseur, alors qu’elle avait connu un renouveau positif – au départ, en tout cas – avec le refus d’intervenir en Irak en 2003. Son activisme total en matière de politique intérieure doit s’affirmer également en politique extérieure, l’idée étant de renforcer l’indépendance de la France. L’inspiration gaulliste est évidente, mais nous allons voir qu’entre le discours et les faits, la diplomatie de Nicolas Sarkozy se caractérise par une multitude de contradictions, plus ou moins intentionnelles. À titre d’exemple, tout en revendiquant l’importance cruciale du Quai d’Orsay, le Président n’a pas hésité, depuis 2007, à poursuivre la politique drastique de réduction des moyens alloués aux ambassades et autres représentations. Dans ce même discours, le Président parle de la création du Secrétariat d’État aux droits de l’homme (aujourd’hui supprimé), placé sous l’autorité du ministre des Affaires étrangères et incarné par Rama Yade. Cette invention pleine de bons sentiments témoigne de la méconnaissance du Président de la Realpolitik et est symptomatique de la volonté française d’être le phare du monde des libertés et des idéaux. C’est ainsi que lors de la visite du Colonel Kadhafi en 2007 en France, la Secrétaire d’État s’était interrogée publiquement quant au bien fondé d’un tel faste pour un dictateur et ancien terroriste, mais elle avait été immédiatement critiquée par le Président. La France de Sarkozy n’arrive pas à jouer avec finesse sur la scène internationale : lorsque la Chancelière Angela Merkel reçoit le Dalaï- Lama, cela n’offusque pas la Chine. À l’inverse, Nicolas Sarkozy est contraint de voir en catimini le représentant du Tibet et subit les foudres de Pékin, preuve s’il en est que la France demeure dans l’imaginaire collectif un pays à part. 

Le Président « directeur commercial » 

En plus de ses fonctions de « Président /Ministre du Quai d’Orsay », Nicolas Sarkozy a revêtu depuis 2007 la casquette de « représentant commercial », arpentant la planète avec une escouade d’hommes d’affaires, prêts à signer des contrats susceptibles de renflouer une balance commerciale toujours plus déficitaire. Tout en saluant sa réelle implication, il nous faut souligner les maigres résultats de ces rendez-vous arrangés, qui ne résistent pas aux contraintes économiques qui régissent les échanges commerciaux. À chacune de ses visites, que ce soit au Brésil, en Inde, au Moyen-Orient ou en Chine, le Président s’est constamment vanté de ramener à la France « des milliards et des milliers d’emplois ». L’effet d’annonce passé, le constat est moins glorieux : la plupart des contrats ont été signés des mois auparavant, les retombées économiques sont plus qu’incertaines. À titre d’exemples, prenons le Rafale et l’énergie nucléaire. Le premier est un avion fabriqué par la société Dassault et ses performances techniques sont excellentes, mais il n’a jamais pu être exporté. À chaque fois, le Président s’est montré trop enthousiaste quant à la finalité des pourparlers ; le Brésil, la Grèce et la Libye, pour ne citer qu’eux, entretiennent un certain flou alors que la France est prête à leur donner tous les secrets de l’appareil pour parvenir à le vendre. Dans un autre registre, la France, pourtant leader mondial du nucléaire, a perdu de précieux contrats au Moyen- Orient, car elle n’a pas su s’organiser pour battre ses concurrents, le Président français ayant à plusieurs reprises fait concurrencer les deux sociétés françaises leader (Areva et EDF). Lorsque la France signe des contrats juteux, à l’image de Bouygues ou Total, cela se fait parfois dans des zones peu enclines à respecter les principes de démocratie (Birmanie). 

Le Président et sa vision de l’Europe et de l’Afrique 

Le terrain européen, pourtant souvent délaissé par les pouvoirs en place, a suscité un vif intérêt chez le Président qui a mis en pratique son principe « d’épreuve de force », bousculant les conventions pour arriver à ses fins. Ce principe semble être le miroir de sa politique diplomatique. Aussi bien à droite qu’à gauche, la politique européenne de Sarkozy lors de la présidence française de l’Union européenne de 2008 a été considérée comme un franc succès, tant il a su redynamiser une machine en perte de vitesse grâce à la mise en place du Traité de Lisbonne et en faisant entendre la voix de l’Europe lors de la crise Géorgie / Russie. Toutefois, des critiques ont été émises quant à la personnalisation extrême de l’exercice du pouvoir et à l’égard du manque de communication, comme en témoigne, entre autres choses, le projet d’Union pour la Méditerranée, qui est considéré par beaucoup à Bruxelles comme un fiasco assuré. 

La situation est plus délicate en Afrique, où il s’était juré de mettre fin à la Françafrique. Pourtant, entre son discours de Dakar où il affirmait que « l’homme africain n’était pas rentré dans l’histoire », sa gestion plus que chaotique de la crise ivoirienne et son manque d’intérêt pour repenser l’aide à l’Afrique, Sarkozy a démontré que la situation en tant que telle lui convenait, avec le risque d’une perte d’influence certaine. C’est ainsi qu’en Tunisie, où la France aurait pu de façon éclatante accompagner la révolution en raison de ses liens étroits avec ce peuple, Sarkozy a été à contre-sens de l’histoire, privilégiant « un passé sûr » et offrant même, par l’intermédiaire de Mme Alliot- Marie, son appui policier pour contenir les manifestations ! 

Le Président a cherché à incarner la France, maladroitement malgré une volonté de bien faire certaine, avec l’idée que la France était encore une grande puissance à même d’influencer les équilibres mondiaux, ce qu’elle n’est manifestement plus. Lui qui se voulait l’Obama d’Europe laisse pour l’instant le souvenir d’une diplomatie brouillonne, sans objectifs précis, sans philosophie politique. Un sursaut est nécessaire. 

Maxime Pinard

Provenance
UPMF Grenoble / Chercheur à l'IRIS

Maxime Pinard

Fonction/Poste/Étude
Candidat au Master 2 Sécurité / Défense